Violence conjugale : 15 ans ferme contre Kadeem Nedrick ; « une gifle », dit sa belle-sœur
La famille d'une mère assassinée par son conjoint en 2022 dénonce la peine que le meurtrier a reçue mercredi au palais de justice de Toronto. Kadeem Nedrick a été condamné à la perpétuité sans droit de libération conditionnelle avant 15 ans pour le meurtre de Brittany Doff. « Le système a failli à sa tâche », dit la sœur de la victime. Kadeem Nedrick avait plaidé coupable, il y a un mois, d'une accusation réduite de meurtre au second degré à la veille de son procès pour meurtre prémédité. Son plaidoyer avait permis d'apprendre que Brittany Doff a été poignardée le soir du 3 janvier 2022 sous les yeux de son fils autiste de 4 ans. Le couple avait la garde partagée de l'enfant. La déclaration commune des faits reprochés avait démontré que les deux adultes se laissaient et retournaient vivre ensemble de façon intermittente depuis 8 ans. Brittany Doff en compagnie de son fils à Toronto. Photo : AVEC L'AUTORISATION DE LA FAMILLE DOFF Brittany Doff tentait toutefois de mettre fin définitivement à leur relation à cause de la violence de son conjoint. Le plaidoyer a montré qu'elle avait confiée à des proches quelques jours avant sa mort qu'elle craignait pour sa sécurité. Britanny Doff était sortie en ville avec son amie Mariama Bah le jour du meurtre. À leur retour dans son appartement en début de soirée, elle était descendue au sous-sol voir son fils et ramasser des effets personnels pour aller vivre chez son amie parce qu'elle était craintive. Dans la cuisine, Mme Bah a alors entendu La police de Toronto avait été alertée du meurtre de Brittany Doff par deux appels au 911. Photo : Radio-Canada / (James Morrison-Collalto Effrayée, Mme Bah s'était enfuie en prenant soin d'appeler le 911. À l'arrivée des policiers, elle était retournée à l'intérieur pour s'apercevoir que son amie avait été poignardée sur le lit et que le fils de la victime gémissait à ses côtés. M. Nedrick qui avait lui aussi composé le 911 pour dire qu'il venait d'attaquer sa femme, sera appréhendé devant la porte de l'appartement de la Petite Italie. Inconsolable, la mère de la victime a éclaté en pleurs en entendant à nouveau le rappel des événements. Le plaidoyer avait aussi démontré que la victime avait appelé la police en février 2021 pour lui signaler que son conjoint l'avait agressée alors qu'il visitait leur fils dans son appartement dans East York. Kadeem Nedrick s'était emporté lorsque Britanny Doff avait discuté de leur relation. Kadeem Nedrick avait un casier judiciaire depuis 2013 pour possession de drogue et violence conjugale notamment. Photo : iStock Le meurtrier l'avait saisie par le cou et menacée de la jeter en bas du balcon, si elle appelait la police. Nedrick s'était rendu aux autorités le lendemain. Il avait été accusé de voies de fait avant d'être libéré sous caution. Il s'était engagé à suivre un programme de gestion de la colère en échange de quoi, ses accusations seraient abandonnées. Au moment de commettre son meurtre, il lui restait encore trois cours à suivre. Dans sa décision, le juge David Brown, de la Cour supérieure de l'Ontario, a condamné le meurtrier de 34 ans à la perpétuité sans droit de libération conditionnelle avant 15 ans. Le magistrat ordonne en outre qu'il ne puisse jamais contacter son fils avant sa majorité sauf sous l'avis contraire d'un tribunal de la famille. Il a tenu compte de nombreux facteurs aggravants comme la brutalité du meurtre, la vulnérabilité de la victime, la présence de leur fils sur les lieux du crime, la violence conjugale antérieure de l'accusé et l'impact du meurtre sur la famille Doff. La victime, Brittany Doff, qui avait 30 ans au moment de sa mort, était la mère d'un petit garçon autiste de 4 ans. Photo : AVEC L'AUTORISATION DE LA FAMILLE DOFF Il explique que la dissuasion reste le principe le plus important à appliquer pour fixer la peine d'un meurtrier dans une société où la violence conjugale meurtrière est récurrente. Brittany Doff durant des jours plus heureux. Photo : AVEC L'AUTORISATION DE LA FAMILLE DOFF Le magistrat a aussi pris en compte des facteurs atténuants, comme le plaidoyer de l'accusé, ses perspectives de réinsertion sociale, les conditions difficiles de sa détention préventive et son éducation douloureuse. L'audience sur la peine avait montré que Kadeem Nedrick avait été abandonné par sa mère à l'âge de 6 mois en Jamaïque et laissé aux soins de l'une de ses tantes. Son père était en outre absent. Durant son enfance, M. Nedrick retrouvera sa mère aux États-Unis, où elle avait immigré, mais pour une période de 8 mois seulement. Il retournera en Jamaïque dans sa famille élargie, où il sera exposé à la violence. Son beau-père sera assassiné et sa mère ne s'occupera pas plus de lui à son retour dans l'île. Une tante avait révélé à l'audience que le jeune Kadeem avait manqué de l'amour de ses parents. Sa mère a par la suite immigré au Canada avec ses deux fils. Kadeem ne terminera pas son secondaire à Toronto. La Couronne qui avait exigé une peine ferme de 18 ans paraissait visiblement déçue. La défense de Nedrick avait demandé que son client soit admissible à la libération conditionnelle dans 12 ans. Le magistrat a tenu compte dans son calcul des trois années que le meurtrier a déjà passées en détention depuis son arrestation. Il lui accorde un crédit simple de 3 ans et 4 mois à soustraire des 15 ans. Nedrick sera donc admissible à une libération conditionnelle le 3 janvier 2037. Pour ce qui est de l'enfant du couple, le juge estime qu'il est dans l'intérêt du garçonnet de ne pas être en contact avec son père jusqu'à sa majorité. Il rejette la requête de la défense qui lui avait demandé d'autoriser son client à communiquer avec son fils sous la surveillance de la Société d'aide à l'enfance. Ce nouveau procès pour violence conjugale remet en lumière Miranda Craig-Doff mentionne que Le juge aurait pu le condamner à une peine plus sévère comme le lui permettait la jurisprudence compte tenu de tous les facteurs aggravants qu'il a cités Elle souligne que Miranda Craig-Doff sort du palais de justice en compagnie de sa mère après le prononcé de la peine contre Kadeem Nedrick. Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Nadeau Mme Craig-Doff prédit que d'autres femmes subiront le même sort que sa sœur si la société ne prend pas plus au sérieux les féminicides. Elle ajoute qu'elle ne trouve aucun réconfort à l'idée que la Commission des libérations conditionnelles décide de ne pas le libérer dans 12, 15 voire 25 ans, parce que sa famille devra revivre le meurtre en témoignant devant les commissaires pour leur prier de ne pas le relâcher. Toute la famille Doff était venue entendre le juge Brown prononcer sa sentence au palais de justice de Toronto. Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Nadeau Elle soutient que le problème doit être réglé Elle pense que les lois doivent être plus sévères que ce soit en termes de libérations sous caution, de châtiments et de garde d'enfants.
Rappel des événements
un cri terrifiant
. L'accusé était ensuite apparu en haut de l'escalier et s'était dirigé vers le lave-vaisselle pour en retirer des couteaux qu'il a brandis devant l'amie pour la faire fuir.
Antécédents de violence

Châtiment du magistrat

Comme d'autres victimes, Mme Doff était vulnérable, elle était chez elle en sécurité
, mentionne-t-il. Tout le monde est en droit de pouvoir vivre sans avoir peur de son ex-conjoint.
Le vide que ressent la la famille et les amis de la victime ne pourra jamais être rempli
, souligne-t-il en citant des extraits de déclarations des proches lors de l'audience sur la peine.Le sentiment accablant lié à la perte de Brittany Doff montre qu'elle était très aimée et très appréciée
, dit-il.
Les effets du confinement cellulaire prolongé sur les détenus sont bien connus
, explique-t-il en rappelant que le meurtrier avait été emprisonné durant la pandémie dans les deux prisons de Toronto. Il n'a pas eu droit à des douches régulières, des activités quotidiennes et des coups de fil,
précise-t-il.Enfance malheureuse
La mort de sa mère en 2022 a eu un impact considérable sur sa vie
, souligne le juge en relativisant toutefois l'éducation malheureuse du meurtrier puisque son frère n'a pas suivi le même parcours
.Réactions des procureurs
Peine jugée trop clémente
l'échec du système
, selon la famille de Brittany Doff qui compare la peine à une gifle au visage
.la société a failli à sa tâche de protéger une jeune mère de 30 ans
.la vie de sa sœur valait plus que les 12 ans de prison
que l'assassin doit encore purger en détention.
Les hommes violents savent qu'ils peuvent s'en tirer à bon compte face à la justice, tandis que leurs victimes sont encore laissées à elles-mêmes
, précise-t-elle.
Le système judiciaire est contre les femmes
, affirme-t-elle en se disant convaincue que Nedrick demandera aux tribunaux la permission de contacter son neveu durant son emprisonnement.en haut de la société
au niveau du parlement fédéral et non en bas
au niveau de la formation des policiers.La violence conjugale doit être traitée à part dans le Code criminel
, conclut-elle.
Advertising by Adpathway









